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Déprogrammations d’opérations : l’urgence n’est pas toujours là où on croit

Chirurgiens, patients, associations. Ils prennent la parole pour parler d’une situation inédite dans les blocs opératoires. 28 millions d’opérations chirurgicales ont dû être reportées ou annulées dans le monde, en raison de l’épidémie de coronavirus. 

Mbodj Ousoune a été diagnostiquée d’un anévrisme en février 2020 avant le premier confinement. Malgré la douleur et le risque encouru, son opération a été repoussée deux fois. « J’étais en attente de date pour mon opération dans le CHU Angers en neurologie et ils ont reporté mon opération car il y avait une urgence et donc plus de place pour moi, raconte-elle un an plus tard. Il m’ont contacté la veille de mon opération m’expliquant la situation j’ai donc dû accepter une date ultérieure. J’avais des maux de tête atroces, des tremblements et des problèmes de concentration et une grosse fatigue.»

Mbodj n’est pas un cas isolé. Comme elles, de nombreux patients ont été privés d’opérations, à commencer par les malades du cancer. De nombreuses fammes se retrouvent ainsi livrées à elles mêmes et se tournent vers des associations comme Roseup. Fondée en 2011 par Céline Lis Raoux, l’association est mobilisée depuis plusieurs années pour venir en aide aux femmes atteintes de cancer. « Les patientes qui voit leur opérations reportées se signalent sur notre plateforme et on essaie de trouver des solutions, explique Céline Lis Roux. Il y a l’exemple d’une jeune que j’ai pu aider aujourd’hui : elle était en attente d’une mastectomie à Grenoble mais sont opération a été annulée hier et nous avons réussi à lui trouver une solution dans un grand hôpital qui s’occupe que de la cancérologie à Lyon. Donc elle se fera opérer demain. Pour le moment nous arrivons à tenir en passant d’un hôpital à l’autre ou d’une région à l’autre pour sauver ce qui peut être encore sauvé.Mais certaines femmes préfèrent resterseules et sombrent dans la dépression. »

A l’hôpital Cochin à Paris, le nombre d’opération annulées car elles sont considérées comme non urgentes avoisine actuellement les 40 %. Une situation préoccupante mais pas encore affolante, selon le chef du service d’urologie de l’hôpital cochin Michael Peyromaure. « Ce sont les opérations les moins urgentes mais si cela perdure ça pourrait être très délétère pour la suite. »

Même si la décision de sauver des vie semble être acceptée par beaucoup de patientes,la responsable de l’association Roseup attire l’attention sur les aspects psychologique de ces décisions.

Des conséquences à long terme ?

« Concrètement ça veut dire que vous demandez a des femmes de 30 ans de vivre par exemple avec un trou a la place du sein. C’est quand même très dur pour une femme surtout lorsque vous êtes a un âge ou vous avez une sexualité ou que vous êtes en train de vous construire. Les femmes font donc une croix sur leur vie de couple le temps de la reconstruction. Cela veut parfois dire qu’elle passe un an seule.»

Les déprogrammations d’opérations touchent aussi les familles des patients. « Je me suis senti complètement abandonnée, se souvient Mbodj Ousoune. J’ai eu des nuits compliquées, je me suis senti dans l’incompréhension, rejetée. On manqued’interlocuteurs pour nous expliquer la situation, il ne s’agissait pas que de ma vie il y avait aussi mes deux enfants âgés de 10 et 13 ans c’est très dur moralement. » 

Impossible de dire avec précision l’ampleur de la catastrophe liée au déprogrammations tellement il y’a des cas particuliers. La Ligue Nationale contre le cancer estime que 93.000 dépistages n’ont pu être effectués en 2020 à cause de la crise de la Covid 19. Et il ne s’agit que d’une seule des nombreuses maladies impactées par les déprogrammations.

Face à cette situation, Michael Peyromaure évoque quelques pistes qui auraient permis d’éviter la situation actuelle. « La solution pour moi aurait été dès le départ d’ouvrir et d’élargir les capacités d’hospitalisation que ce soit dans les services de médecine pour mettre les patients sous oxygène ou que cela soit en réanimation en créant des services temporaires comme cela s’est fait dans plusieurs pays. Il aurait aussi et surtout fallu constituer une réserve sanitaire de personnel infirmier et aide soignant qui viennent de toute les régions de France. En les payant mieux que d’habitude, ils auraient été volontaires. Le système de santé pourrait aussi être amélioré. Il y a des bruits qui courrent sur le sujet et certaine investigations montrent en effet que l’on n’utilise pas assez certaines cliniques privées. » Le chirurgien tient néanmoins à saluer le travail de tous les professionnels de santé. « Les chirurgiens par définition, ce qu’ils veulent c’est répondre à une demande donc pour nous c’est un crève-coeur aujourd’hui de ne pas pouvoir opérer tout ceux qui le nécessitent. »

Windy BELONY

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